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Pixel espion dans vos emails : ce que change la CNIL en 2026

Par Sébastien Kaczmarczuk Lecture 5 min
Pixel espion : un cube caché dans un email, relié au serveur de l'expéditeur.

L'essentiel, au

  • Un pixel espion : une image invisible de 1 × 1 pixel qui signale l'ouverture d'un email. Pas un virus.
  • Pour le bloquer : désactivez le chargement automatique des images distantes.
  • Pour les expéditeurs : consentement obligatoire pour la mesure marketing depuis le 14 avril 2026. Délivrabilité et sécurité exemptées, sous conditions.

Un pixel espion, c'est quoi ?

Un pixel espion est une image invisible de 1 pixel sur 1 pixel, glissée dans un email. On dit aussi pixel de suivi, pixel invisible ou pixel espion mail. L'image n'est pas dans le message : elle reste hébergée sur le serveur de l'expéditeur.

  1. Étape 1Vous ouvrez l'email.
  2. Étape 2Votre messagerie télécharge l'image invisible depuis le serveur de l'expéditeur.
  3. Étape 3Le serveur enregistre l'ouverture et son heure, souvent votre adresse IP et votre appareil.Certaines messageries masquent l'adresse IP : voir le tableau plus bas.

Ce n'est ni un virus ni un logiciel installé : c'est une image qui se charge. Le pixel ne lit pas vos emails et n'accède pas à votre machine. Ce qui gêne, c'est la collecte silencieuse, faite à votre insu.

Vous recevez des emails ? Comment détecter et bloquer les pixels espions

Pour désactiver les pixels espions dans une boîte mail, bloquez le chargement automatique des images distantes. Sans chargement, l'expéditeur ne voit rien.

Bloquer les pixels espions selon votre messagerie
MessagerieRéglageEffet
Gmail (ordinateur)Section Images : « Demander confirmation avant d'afficher des images externes »Sans réglage : ouverture vue, pas votre adresse IP
Outlook classiqueRien à faire : images d'Internet bloquées par défautVous les affichez au cas par cas
ThunderbirdRien à faire : contenu distant bloqué par défautUne barre signale le blocage, vous choisissez
Apple Mail (Mac)Mail, Réglages, Confidentialité : « Protéger l'activité de Mail »Images chargées dès réception, adresse IP masquée
Proton MailRien à faire : protection contre le pistage active par défautPisteurs connus retirés, adresse IP masquée

Repérer un pixel à l'œil nu est impossible, puisqu'il est invisible. La bannière « contenu distant bloqué » signale des images externes, pas forcément un pixel. Des extensions de messagerie listent les pixels détectés dans chaque message.

Que disent les nouvelles règles françaises ?

Depuis le 14 avril 2026, un pixel de suivi suit les règles des cookies : consentement préalable, sauf deux exemptions. La base légale est l'article 82 de la loi Informatique et Libertés.

  1. La CNIL adopte sa recommandation sur les pixels de suivi (délibération n° 2026-042).
  2. Publication au Journal officiel : règles appliquées aux adresses collectées dès ce jour.
  3. Fin du délai de trois mois pour informer les abonnés déjà inscrits.Ils devaient pouvoir s'opposer au pixel.

L'expéditeur qui a prévenu ses anciens abonnés à temps garde le pixel, sauf pour ceux qui s'y opposent. Celui qui ne l'a pas fait doit recueillir leur consentement ou retirer les pixels qui l'exigent.

Expéditeurs : quel usage du pixel demande le consentement ?
Usage du pixelConsentement ?Condition
Mesurer les ouvertures pour optimiser une campagneOuiCase dédiée, par exemple à l'inscription
Relancer les non-ouvreurs, personnaliser le contenuOuiMême règle
Profiler pour cibler sur d'autres canauxOuiMême règle
Repérer les inactifs (délivrabilité)NonGarder la date de dernière ouverture, au jour près
Sécuriser une connexion (authentification)NonPixel réservé à cette seule finalité

Les deux exemptions ne valent que pour des courriels demandés par le destinataire, ou liés à un service qu'il a demandé. Pour la délivrabilité, le but doit être d'espacer ou d'arrêter les envois aux inactifs. Écrire à des adresses mortes dégrade la réputation de l'expéditeur et envoie ses emails en spam.

Manquer à ces règles expose à une amende de 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires mondial au plus. Base : article 20 de la loi Informatique et Libertés.

Pour aller plus loin : quels courriels profitent des exemptions

Les courriels transactionnels en font partie : bienvenue, confirmation de commande, facture, suivi de colis, rappel de rendez-vous, mot de passe. Les courriels consentis aussi, comme une newsletter avec inscription. Les courriels d'une administration envoyés pour une mission de service public en relèvent également.

La prospection envoyée sans consentement en est exclue : envois entre professionnels, ou à vos clients pour des produits analogues. Pour les inactifs, l'expéditeur garde en principe la seule date de dernière ouverture. Il doit pouvoir montrer qu'il espace ou arrête vraiment les envois.

Vous envoyez des newsletters ? Ce que vous devez changer

Triez d'abord vos usages avec le tableau ci-dessus. Le reste suit la même logique que la conformité RGPD et cookies de votre site : inventorier, choisir une base légale, informer.

  • Vérifiez si votre outil d'emailing (Brevo, Mailchimp, HubSpot...) active le suivi d'ouverture, et où le couper.
  • Listez vos usages réels : statistiques, relances, gestion des inactifs.
  • Usages marketing : case de consentement dédiée, ou pixel désactivé.
  • Inactifs : gardez la seule date de dernière ouverture et documentez votre règle de nettoyage.
  • Retrait : la CNIL recommande un lien visible en pied de courriel. Mentionnez aussi les pixels dans votre politique de confidentialité.

Perdre les statistiques d'ouverture ne prive pas de pilotage. Réponses, désabonnements et conversions se mesurent sans pixel. Le taux d'ouverture est de toute façon gonflé par Apple Mail, qui charge les images à la réception.

Pour aller plus loin : liens de suivi et taux d'ouverture global

Un lien de suivi qui identifie le destinataire suit les mêmes règles que le pixel : consentement, sauf s'il est strictement nécessaire. Un taux d'ouverture global reste possible avec les données des pixels exemptés, une fois agrégées et rendues anonymes. Si vos emails contiennent des visuels faits par IA, voyez aussi quand déclarer un contenu généré par IA.

En bref

  • Un pixel espion est une image invisible qui signale l'ouverture d'un email.
  • Bloquer les images distantes suffit à le neutraliser chez le destinataire.
  • Expéditeurs : consentement pour le marketing, exemption pour la délivrabilité et la sécurité.
  • Abonnés inscrits avant le 14 avril 2026 : information et droit d'opposition.
Vous vous demandez ?

Questions fréquentes.

Oui, avec le consentement du destinataire, par exemple via une case dédiée à l'inscription. Sans consentement, un taux global reste possible avec les données des pixels exemptés, une fois agrégées et rendues anonymes. Les réponses, les désabonnements et les conversions se mesurent aussi sans pixel.
Non. La CNIL n'exige pas de supprimer les pixels des courriels déjà envoyés, c'est techniquement impossible. L'expéditeur doit garantir qu'il n'exploite plus les données de ces anciens pixels, et ne plus en mettre dans ses envois suivants.
L'expéditeur, même s'il passe par un prestataire : il est responsable de traitement, et l'outil d'emailing est en principe sous-traitant. Si le prestataire réutilise les données des pixels pour ses propres besoins, l'expéditeur qui l'accepte devient responsable conjoint de leur collecte.